Princesse Mononoke, une plongée dans le shintoïsme- A peak into the shinto world through Mononoke Hime

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Photo Allociné

Près de vingt ans après sa sortie dans les salles nippones le 12 juillet 1997, le film d’animation du studio Ghibli Princesse Mononoke (à comprendre comme Princesse des esprits vengeurs) fait toujours parler de lui. Et pour cause : au-delà d’une qualité technique exceptionnelle, d’un graphisme hors du commun et de la musique envoûtante du compositeur Joe Hisaishi, c’est aussi sa représentation d’un Japon médiéval, vert et fantastique qui a permis le succès de ce film, et grandement contribué à la renommée internationale de son réalisateur que l’on ne présente plus : Hayao Miyazaki. Si beaucoup l’ont comparé à une « fable écologique » (L’Humanité) ou une « poésie sauvage » (Télérama), il est possible d’aller plus loin et d’y déceler un clin d’œil à une composante intégrante de la culture nippone : le shintô. Attention, spoilers.

Princesse Mononoke, en quelques lignes…

    Princesse Mononoke, c’est l’histoire d’Ashitaka, un jeune prince du Japon du XVème siècle qui, après avoir défendu son village en tuant Nago, un sanglier changé en démon, se retrouve frappé par une malédiction. Condamné, il quitte les siens dans l’espoir de trouver la raison de son sort et de la transformation de l’animal. Il fait la rencontre de San, alias Princesse Mononoke, une humaine élevée par une louve, Moro, haïssant profondément les humains, et découvre dans les forges la raison du mal qui le ronge. Pour les faire fonctionner, les humains, dirigés par Dame Eboshi, n’hésitent pas à détruire la forêt, nuisant ainsi aux animaux-esprits qui la peuplent, et à leur maître, le Dieu-Cerf, une entité toute puissante, seule capable d’éviter le désastre et de mettre un terme à la malédiction d’Ashitaka.

Une introduction à la culture shintô

    Difficile à appréhender d’un point de vue occidental car n’ayant pas de réel équivalent dans nos sociétés, le shintô (littéralement la voie des dieux) est, plutôt qu’une religion, un ensemble de croyances qui mélange panthéisme, animisme et chamanisme, et confère à la nature un caractère sacré. Le shintô admet l’existence de kami, des esprits supérieurs qui habitent le monde et se retrouvent dans des éléments aussi divers que la montagne, la pluie, les animaux, aussi bien que certains objets. Le caractère de ces kami est dit ambigu, à l’instar de celui de la nature. Tous peuvent se montrer pacifiques comme violents, voire dangereux, et doivent donc être apaisés et satisfaits, notamment à travers des rites : une mauvaise action, parfois le simple fait d’empiéter sur le territoire d’un kami, pouvant entraîner une malédiction. Les kami sont donc des entités protectrices qu’il faut se garder d’offenser, en instaurant une harmonie entre les humains et la nature.

Un ode à la nature

    Pendant les 135 minutes que compte le film, la nature est magnifiée. Cette glorification se ressent surtout à travers l’enchaînement de paysages -forêt, rizières, montagne- ainsi que dans les contrastes choisis par la réalisation, qui opposent souvent le vert de la forêt aux tons grisâtres/marron terne de l’activité humaine, et en particulier des forges ; le calme de la nature, parfois présentée sans bruit aucun, à l’agitation des humains. La forêt est d’ailleurs décrite comme « saine et généreuse » ; mais surtout, la nature a un pouvoir suprême et un caractère sacré : c’est en plongeant son bras, marqué par la malédiction, dans l’eau de la forêt qu’Ashitaka réussit à apaiser la douleur aiguë qui l’envahit. On comprend rapidement que Miyazaki cherche à placer la nature au centre de son œuvre.

La présence d’esprits tant protecteurs que menaçants

    Une autre composante majeure du film, et caractéristique des croyances shintô, est la présence de nombreux esprits qui imprègnent la nature : parmi eux, les sangliers, dirigés par leur maître Okoto, les loups, les orangs-outans, les sylvains -gardiens de la forêt- et bien sûr, le Dieu-Cerf. Leur existence est présentée dès le début du film « En ce temps là, l’Esprit de la nature veillait sur le monde sous la forme d’animaux gigantesques. […] Les rares forêts que l’homme n’avait pas saccagées furent alors protégées par des animaux immenses, qui obéissaient au Grand Esprit de la Forêt. C’était le temps des dieux et le temps des démons ». On retrouve donc clairement l’existence d’entités protectrices, au caractère contrasté, qui peuvent, lorsqu’elles sont contrariées, prendre une forme démoniaque, comme ce fut le cas de Nago, précédemment cité. A celui-ci, la chamane du village d’Ashitaka veut d’ailleurs accorder des rites funéraires, comme pour apaiser sa colère et implorer son pardon. Ce geste traduit l’importance des esprits de la nature, portée à son paroxysme avec le pouvoir du Dieu Cerf : à chacun de ses pas, la nature naît et meurt, il a un contrôle sur la vie et un pouvoir de guérison, car il est le seul à pouvoir guérir la malédiction qui a frappé Ashitaka. La louve Moro le rappelle : « Le Dieu de la Forêt peut donner la vie mais il peut aussi la reprendre. La vie et la mort lui appartiennent ». L’existence des esprits et leur puissance sont évidentes.

L’espoir d’une harmonie entre humains et nature, sans jugement

    L’intérêt de Princesse Mononoke, d’un point de vue culturel, réside aussi dans le but que le film dessine, atteindre l’harmonie entre la nature et les humains, ainsi que les moyens pour l’atteindre. Loin des films d’animation américains aux visions manichéennes, où la destruction du camp ennemi, précisément défini, est souvent présentée comme l’unique moyen, le film de Ghibli propose une image plus pacifiste et nuancée. On a, d’un côté, des « gentils », les esprits, qui peuvent se montrer féroces, haineux, et pas forcément sympathiques, avec un fort désir de tuer les humains pour sauver la forêt, et, de l’autre, des « méchants » qui apparaissent parfois comme des sauveurs. C’est le cas de Dame Eboshi, à la tête des forges et, par extension, responsable majeure de la destruction de la forêt, adulée, admirée et aimée par ses travailleurs, anciens reclus de la société -prostituées, lépreux- à qui elle a offert la possibilité d’une nouvelle vie : « Elle seule nous a traité comme des êtres humains. Le monde entier nous craint, mais pas Dame Eboshi », dit même l’un d’entre eux. Même leurs objectifs semblent similaires, chacun cherchant à trouver ou garder un endroit où vivre. Pourtant, ces deux camps semblent irréconciliables : en témoigne l’utilisation de la musique, plutôt calme, douce et empreinte d’optimisme en montrant l’un ou l’autre des camps -celui de la forêt et celui des forges-, mais qui contribue à créer une atmosphère violente, tendue voire stressante durant les scènes d’opposition. Au milieu des deux, Ashitaka apparaît comme un conciliateur, qui tente de faire la passerelle entre humains et esprits, et réconcilier les deux camps, tout en délivrant un message de paix. A Moro : « Cette guerre a trop duré, pourquoi n’y mets-tu pas un terme ? Vous pourriez vivre en paix avec les humains ». Au final, c’est l’harmonie qui triomphe, permise par les efforts et la surprise des uns et des autres qui se découvrent enfin pour ce qu’ils sont « Bah ça alors, le Dieu-Cerf a fait fleurir toute la montagne », s’étonne un villageois plein d’étonnement face aux pouvoirs du Dieu-Cerf. Comme si tous s’étaient chassés mutuellement et battus sans cesse sans se connaître, comme s’ils avaient été aveuglés par leurs propres intérêts, négligeant ceux des autres, pourtant tout aussi légitimes. C’est finalement deux mondes qui semblaient destinés à s’opposer qui réussissent, sinon à s’allier, à se côtoyer pacifiquement, ce qui est joliment symbolisé par l’alliance de San et Ashitaka. L’harmonie de ces deux mondes peut être vue comme l’ultime symbole de la représentation shintô à travers le film, et de l’histoire de deux mondes qui ont appris à vivre ensemble.

Pour finir…

    Plus qu’un simple moment de divertissement, Princesse Mononoke est un moyen d’approcher d’un peu plus près la culture traditionnelle japonaise et d’en (re)découvrir la complexité, voire de saisir un peu mieux ce qui peut paraître incompréhensible de notre point de vue occidental. En bref, c’est un film à découvrir et redécouvrir, et un parfait prétexte pour « procrastiner utilement » entre deux exposés.

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English version
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It has been nearly 20 years since Mononoke Hime (aka the princess of revengeful spirits) was first shown in Japanese theaters on a hot day of July, 1997, and since that moment it has been a myth all over the world. It’s no wonder why when you think about it: not only its technique is superb, you need to add its captivating drawing and its simply bewitching  music (created by Miyazaki’s talented musician Joe Hisaichi) to the entire depiction of the forgotten land of a medieval Japan filled with a living nature and gods walking through the forests and the land. It will literally blow your mind with its beauty and it turned Hayao Miyazaki into a beloved filmmaker with an international successful career. Even today the movie is praised as « a poetical tale about the environment » (« fable écologique », L’Humanité) or a « wild poem »( Télérama). Yet you can understand this movie in many different ways and here we will focus on one important theme : shinto, one of Japan’s most important cultural religious influence. Careful, don’t read more if you haven’t seen the movie YET^^

Let’s begin with a quick summary of the plot:

The story is set is the 15th century. Young prince Ashitaka is a brave warrior cursed by a wild giant board, Nago, that he ended up killing to save his village. Nago had been turned into a loose demon after having been shot with an iron bullet and in order to lift the curse Ashitaka must go back to Nago’s native forest in the South of Japan. On his way Ashitaka meets San, aka Mononoke Hime, a human raised as a wolf by giant wolf Moro and her wolf pack. All deeply loath humans whose activities, especially Lady Eboshi’s Irontown, are slowly destroying their lands and shaking to its very roots the ancestral harmony they all knew. Ultimately Irontown is threatening the entire forest and its God, the Great forest spirit (a deer by day and a nightwalker by night). Only the Great forest spirit can help Ashitaka to change his destiny but soon the young prince will find himself torn between the word of humans and the realm of the forest.

A brief overview of the shinto’s world

Shinto believes are sometimes difficult for us to apprehend as this religion is unique to Japan. Shinto litteraly means « path of the gods » and its very existence is linked to Japan foundation : the sun goddess Amaterasu is the unofficial ancestor of Japan imperial family (ever since the end of WW2 the emperor is no longer a god’s descendant).  It does not have any equivalent in the Western world as it mixes shamanism, pantheism and animism together. Nature is sacred for Shinto and kami inhabits it : they can be kodama like in Mononoke Hime (akin to Greek dryads) but also mountains, animals, rivers, the rain or even everyday life tools (oil lamp). Just like their Mother Earth, kami can be merciful or dangerous and humans should take care not to anger them : ritual offerings and prayers are necessary to have them bestow their goodwill upon humans. Being careless and disrespectful of a kami (going inside sacred premises, bad actions…)  will incur their wrath and the punishment can be heavy upon humans (like Ashitaka’s). To avoid such conflicts, humans need to pacify the kami to establish and harmonious relationship between the human and the gods’ worlds.

An ode to Nature

There is not a minute out of the entire 135 minutes of the movie where Nature is not beautiful. Miyazaki tried to show Japan’s diversity : rice field, forest, rivers with deep and flamboyant colors clashing with Irontown bleak and sad colors. No sound disturbs the peace of the forest whereas Irontown is noisy with all the hurly-burly of the work and human’s activity. This magnificent setting is described as « healthy and plentiful » and holds a sacred and supreme power : Ashitaka can only relieve the physical pain fo the curse (which has started in his arm but is spreading) by plunging his arm into the crystal waters of the forest. Miyazaki has obviously placed Nature at the heart of its masterpiece, it’s not a mere location but rather a full character per itself.

Merciful and dangerous gods

Through the presence of different gods in the movie another part of the story unfolds: boars, led by giant boar Okoto, wolves, apes, kodama and the deer god. From the beginning till the end of the movie, gods are everywhere  » In these times, the great forest spirit watched over the world under the disguise of giant gods.. The forest yet untouched by men are guarded by giant animals who obey the great forest spirit. This was the time of gods and of demons ». We can see that demons and gods live together and that gods can become bad spirits when hurt, like Nago did. Despite having turned into a demon, Nago is treated with respect by the local chamane of Ashitaka’s village who performs rituals to ensure that Nago’s anger will die with him and to atone for the the prince’s sin who killed him. The gods that can be met and who have power over natural elements are powerful : while walking the deer spirit makes flowers blossom and wither and he is the only one able to cure Ashitaka. Giant wolf Moro reminds it to Ashitaka « the great forest spirit makes life but he can also end it. Life and death are his to decide ». No one can deny the gods’ abilities over life in the realm of the forest.

The wish for an harmonious relationship between humans and Nature

What sets Mononoke Hime apart is its wish to see us being able to live peacefully together with Nature and how this can be achieved. Unlike American blockbusters, this movie is not trying to draw a line between the heroes and the villains, it has a much more nuanced view over the situation.  The total destruction of the other side is not the solution and rather it would mean loosing the possibility to build a prosperous relationship between the two worlds. The forest and its gods, though they are indeed the victims of Irontown’s expansion, are not always kind to humans and they can even be cruel and merciless to them. Humans who are destroying the forest do so to be able to work and to live a decent life and they help each other through hardships. lady Eboshi for example is an example of these contrasts: she is decided to kill all the gods opposing her but at the same time she is a good mistress and cares for her workers, especially the women. Her heart is much kinder than it would appear at first for she is even giving work and hope to lepers who would otherwise be shunned by everyone else. As one of them says « Only she has treated us like human beings. The whole world is afraid of us but not Lady Eboshi ». In the end, what Lady Eboshi and the forest gods want is the same : a place to live in peace to raise their children. And yet it seems that both sides cannot come to an agreement : Hisaichi’s music shows this constant confrontation with a slow and serene theme for the forest and a harsh, violent sound for the Ironwork’s world. We can feel the tension and the tragic outcome of the two worlds meeting. Ashitaka is acting as a an intermediary to avoid a tragedy and to promote peace within both sides, saying to Moro « This war has lasted long enough, why do you not put an end to it? You could in peace with the humans ». In the end, harmony will prevail even if to some it comes out as a surprise « Oh my, the great forest spirit made the whole mountain bloom » says one worker, realizing for the first time what the god’s powers are. Gods and humans have fought each other and yet they didn’t even know who the « enemy » was because they could not think of anything else but their own interests, even thought it eventually meant harming themselves. San and Ashitaka’s love is the supreme sign of this reconciliation. Finally the two worlds now listen to each other and have stopped fighting.

Princess Mononoke is so much more than mere entertainment, it’s a way to approach Japanese traditional culture and to understand its complexity even though it might seem really far away from our vision fo the world. Do watch this movie, no one can calls this wasting your time away 🙂

Flavie L.

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