愛の渇き- Une soif d’amour, revue- A thirst for love, Book review

Par/by Cécile D. Image de couverture- cover pic from Voyagelivresque canalblog

Yukio Mishima est connu principalement pour sa mort spectaculaire, à savoir un suicide en direct dans le Japon des années 70, et pour sa vie pour le moins étrange et excentrique. Son nationalisme affirmé lui a valu beaucoup de critiques et son œuvre littéraire a souvent été oubliée au profit de ses déclarations provocantes dans un Japon alors occupé par les Etats-Unis.

Sans mettre de côté son histoire personnelle pour le moins tourmentée et sans oublier son attitude belliqueuse et parfois rétrograde, son œuvre littéraire est très intéressante et fascine beaucoup. Les Japonais connaissaient peu cet auteur dont l’écriture en langue originale est difficile à lire alors que les traductions qu’on trouve en Europe ne présentent aucune difficulté stylistique.

Ici nous nous intéresserons à un des livres de jeunesse de Mishima, Une soif d’amour. L’histoire est assez simple: dans un Japon encore dévasté par la guerre, la jeune veuve Etsuko vient vivre dans sa belle-famille dans une bourgade proche d’Osaka. Rapidement il apparaît qu’Etsuko n’est pas satisfaite de cette vie morne et étouffante : incapable de s’entendre avec ses belles-sœurs et beaux-frères, elle est isolée et ne peut exprimer sa frustration. Elle est assez semblable sur ce point à Scarlett O’Hara après la perte de son mari Charles : trop jeunes pour se résigner à une vie de deuil, elles veulent vivre sans attendre et sans penser à demain. Mais dans des sociétés aussi rigides que le Sud des années 1860 et dans le Japon des années 50 ce désir est incompréhensible, pire répréhensible et doit être éteint par tous les moyens. Etsuko s’étiole et ne retrouve qu’un peu de vie qu’avec son beau-père qui lui porte une attention très particulière. Alors que la vie d’Etsuko menace de s’inscrire à jamais dans une vie grise et sans joie, elle rencontre Saburo, le jeune jardinier de la famille. Estuko pourra-t-elle trouver un moyen d’exprimer son envie de vivre et sa jeunesse par cette rencontre?

A travers son portrait d’une femme esseulée Mishima touche beaucoup de problèmes sociaux de son époque : le rôle des femmes dans un pays dévasté par la guerre, le rôle de la famille et son sens en 1950,  l’envie d’émancipation face au respect des traditions séculaires….

A mon sens, Etsuko n’est pas une jeune femme à laquelle on peut s’attacher : hautaine, fière et glaciale, elle n’a aucune pitié dans son cœur et ne réalise pas qu’elle s’est en partie enfermée dans le piège d’une vie sociale pesante pour ne pas renoncer à ses privilèges. La fin du livre nous dévoile aussi une autre image de la jeune femme à travers un événement imprévu et nous laisse l’impression que ce bonheur qu’elle désire tant lui sera toujours refusé car elle n’est pas capable de le saisir et encore moins de le voir quand il se trouve devant elle.  La soif d’amour est en réalité une soif de vie, une vie égoïste et  tournée vers soi-même et non une vie pour ou par les autres. Là ou Scarlett O’Hara est habitée par l’amour de sa plantation, la belle Tara, Etsuko ne ressent rien et aucun sentiment autre que son propre malheur ne la pousse à agir. Mishima n’a pas spécialement non plus de compassion pour son héroïne et ne dissimule en rien sa sécheresse et son égoïsme. Durant toute notre lecture on espère qu’Etsuko ouvrira les yeux et acceptera de changer de vision sur le monde et sur elle-même. On sent qu’un destin est déjà décidé pour elle et qu’inéluctablement il s’accomplira sans qu’Etsuko soit capable d’y résister. Comme Emma Bovary, dont elle est le pendant japonais du XXème siècle, elle ne cherche pas à se créer un chemin pour elle-même mais attend plutôt que celui-ci se montre à elle. Son attente ne trouvera donc jamais satisfaction et éternellement son cœur cherchera à s’échapper de cette cage dorée dans laquelle elle a choisi de se confiner.

Ce livre laisse une impression profonde sur le lecteur car il ouvre le cœur d’Etsuko à nu afin que chacun puisse lire et chercher en lui-même ses propres sentiments et ses peurs intimes. Que ferions-nous à la place d’Etsuko? Difficile de le dire. Une chose est certaine, Mishima ne laisse pas indifférent et Etsuko reste longtemps une image qui nous hante.

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Yukio Mishima is chiefly known for his tragic and spectacular death, a live suicide in the 70’s, and for his bizarre and unconventional life. His nationalistic views were much criticized and his literary work was often forgotten in the view of his somehow anti-social behavior in post-war Japan.

Without forgetting his rather difficult personal story and his fierce and often parochial views on society, his work is deeply interesting and fascinating.  Most Japanese are still unfamiliar with it as the original language is quite difficult to read, whereas translations have put into a much simpler language what Mishima originally wrote in Japanese.

Here we will write about a youth novel A thirst for love. The plot is quite simple: in a post-war Japan, a young widow, Etsuko, is coming to settle with her late husband family in a small town close to Osaka. Soon Etsuko is showing that she is unsatisfied with this dull and oppressive lifestyle: unable to get along with her sisters and brothers-in-law, she is lonely and cannot vent all her pent-up frustration. In that respect she is quite alike Scarlett O’Hara after she has lost her first husband Charles : too young to resign themselves to a lifelong mourning, they want to live like tomorrow does not exist. But in such strict, rigid eras with social norms like the 1860’s in the USA and 1950’s in Japan, this is hardly understandable, much less acceptable and any such feeling must be concealed and extinguished, no matter what sacrifice is required. Etsuko’s life is fading away and only her father-in-law is a comfort to her, though his very attentive care is not as it should be. But right when Etsuko is about to be doomed forever to a joyless life, she meets Saburo, the young gardener of the family estate. Will Etsuko be able to show her true feelings and to feel young again with this encounter?

Through his depiction of a lonely and isolated woman, Mishima is touching many sore issues that his era must have been faced with: women’ role in society in a devastated country, family role and its meaning in 1950, the crave for emancipation confronted with traditions and the respect due to these rules…

As for me, Etsuko is a woman one cannot really feel close to : lofty and proud, she is often heartless and cares for nobody, not realising that she partly created the trap she is not entangled in, an oppressive lifestyle she didn’t give up for her privileges’ sake. The end of the book shows another image of Etsuko when she is confronted with a dramatic event and gives us the idea that no matter what, she will never be happy as she is unable to see and to grab this happiness she is longing for even when it is before her very eyes. This thirst for love is a thirst for life, but an egoist and self-centered one and not an existence dedicated tor at least influenced by others. Where Scarlett O’Hara is breathing and toiling for her beloved plantation, beautiful Tara, Etsuko is unable to feel anything but her own helplessness and unhappiness and nothing else is an incentive to act. Mishima does not try to conceal his lack of compassion for his own heroine and openly shows her heartlessness and selfishness. While reading the book, we hope that Etsuko will be able to open her eyes and heart to the world and to see what she really is. And yet we feel that her fate has been decided and nothing could change it, it will happen and Etsuko will not be able to fight off. Like Emma Bovary, whose  20th century Japanese version she could be, she is waiting for her path to show up but will not take the trouble to create one for herself. Her wait will only result in discontent  and forever her heart will try to escape from this gilded cage she chose to hide in.

This book does leave a deep impression on the reader as we can read about Etsuko’s feelings and fears like in our own heart. But what would we do if it were up to us? No one could say. But one thing is sure, Mishima does not leave one indifferent and Etsuko is even after a haunting image.

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