Why Mirai Nikki is amazing – le futur à portée de main

Par/ by  Chloé D – English here

Cover pic from/ Image de couverture de Almostramen.com

//SPOILER ALERT//
(il vous reste encore une phrase avant d’être définitivement spoilé, je vous conseille vraiment de voir cet animé vous ne le regretterez pas, lisez la fin du premier paragraphe si vous n’êtes pas convaincu, ou alors continuez votre lecture pour porter un regard critique sur l’animé au lieu de le découvrir lorsque vous le verrez)

Mirai Nikki c’est quoi ? Plein de gens qui s’entretuent pour devenir des dieux, une grosse malade avec des cheveux roses et une voix insupportable qui stalk un trouillard qu’elle finit par se taper pour essayer de le tuer et en fait elle change d’avis et elle se suicide.
Et bien… non. Mirai Nikki, c’est d’abord un compte à rebours implacable, rythmé par des openings de qualité qui ne vous spoil rien (assez rare) alors que tout y est caché par métaphore ; une intrigue sans ce fameux méchant qui veut du mal à tout le monde et on ne sait pas trop pourquoi, une intrigue où tous les personnages ont leurs raisons et on est d’accord avec eux, et si seulement ils pouvaient devenir dieux!…mais vous savez que la mort les attend, et il n’en restera qu’un.e. Mirai Nikki, c’est un survival game qui vous met la pression jusqu’au bout, jusqu’à ce que vous en sortiez déboussolés, essoufflés, car tout le génie de cet animé est de semer des indices tout en maintenant un suspense et une tension élevés.

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De Hinata online

Problème n°1 : cette espèce de psychopathe

Je vous avoue que ça a d’abord été un peu difficile de m’attacher aux personnages principaux : l’un est un lâche bon à rien et l’autre semble incapable d’empathie. Mais ils se révèlent ensuite dans toute leur complexité, surtout Yuno. Car Yuno est plus que la yandere queen, son personnage va bien au-delà des clichés de la psychopathe stalkeuse. En effet, Yuno Gasai n’est pas une psychopathe (d’abord parce que c’est une psychotique, rien à voir avec Ayano Aishi), c’est un personnage très complexe, tiraillée entre sa volonté désespérée d’être heureuse, de ne pas perdre la seule personne qui donne un sens à sa vie, et sa folie nourrie par la certitude que ce « happy end » n’est rien d’autre qu’une illusion qui finira par voler en éclats, comme lors du premier jeu.

Yuno est fascinante puisque, tout en étant assez douteuse en raison de ses crises de folie, elle finit par devenir attachante. Elle est sans cesse remise en question (surtout par vous) : est-ce qu’elle n’est pas juste une malade bonne à interner ? ne serait-elle pas une tueuse en série complètement sadique ? ne fait-elle pas semblant d’aimer Yukiteru pour le trahir et devenir déesse ?

Dites-vous quand même qu’elle a été adoptée, maltraitée, qu’elle a la mort de ses parents sur la conscience, qu’elle s’est retrouvée dans une machine infernale où elle est obligée de tuer pour survivre, et après la mort irréversible de l’homme de sa vie, après avoir tout perdu, elle a dû tuer une enfant pleurant sans défense, elle-même. Voilà. Vous ne pouvez pas la juger.

Ah et le premier qui dit que Yukiteru fait un syndrome de Stockholm et bah je lui fais rien mais il a rien compris parce que Yukiteru n’aime pas une tortionnaire, c’est pourquoi il la rejette et la fuit lorsqu’elle fait des crises de folie (d’ailleurs disons-le, il ne la mérite pas, sauf peut-être à la fin quand il se décide enfin à comprendre qui elle est), il tombe amoureux d’une jeune fille malmenée par la vie, confrontée à trop de violence.  Comme elle le dit elle même : « Je suis folle ?! Ce qui est fou est ce monde qui m’empêche d’être auprès de toi ! ». C’est cet aspect qui la rend attachante, aussi bien pour Yukiteru que pour le spectateur, Yuno est avant tout une enfant traumatisée, sa folie est la seule manière qu’il lui reste de faire face à une réalité où elle est condamnée à la mort incessante, à la solitude, alors que tout ce qu’elle voudrait est être heureuse. C’est d’ailleurs ce qui fait tout le contraste entre elle et Yukiteru qui voit la mort pour la première fois, tandis qu’elle est habituée au jeu comme lui à la fin.

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Screenshot de l’anime

Problème n°2 : tous ces gens qui meurent

Tout comme Yukiteru, j’étais accablée de voir tout le monde mourir et s’entretuer, et un point de rupture approche lorsque l’espoir d’une résurrection générale est brisé. Et c’est bien pour ça que Yukiteru tue ses amis qui tentent de lui faire accepter la réalité : tout est allé trop loin pour ne pas aller jusqu’au bout, il ne peut plus faire demi-tour, et finalement il y a eu tellement de morts que la mort n’a plus aucun sens, et la réalité est tellement insupportable qu’elle semble irrationnelle. Yukiteru est sûrement aussi perdu que moi lisant le dernier tome de Hunger Games (ok hors-sujet). Cependant, Mirai Nikki n’est pas un survival à la Hunger Games avec tous ces meurtres de personnes qu’on ne connaissaient même pas. Toute la subtilité de cet animé est de donner une profondeur aux possesseurs de journaux. Même s’ils sont condamnés à mourir, on comprend leurs points de vue et leurs souffrances, apparaît alors toute la difficulté et la cruauté que représente leur assassinat. On a beau être des milliards sur terre, on a beau tuer à tout-va des personnages secondaires qu’on ne retiendra pas, dans Mirai Nikki, chaque personnage est un ensemble complexe de sentiments, de souvenirs, de peurs, d’ambitions : ce qui est en face de vous n’est pas quelques traits sur une page, un visage, un timbre de voix… c’est un être humain. En outre, la mort des possesseurs de journaux, terrible mais inévitable, elle est rendue digne et acceptable pour le spectateur car ils acceptent leur mort et semblent trouver une forme de repos avant de quitter ce monde.

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De My Animelist

Les questions existentielles

Deux sources d’angoisse de la vie sont traduites dans Mirai Nikki. D’une part, la distance entre les êtres (incompréhension de l’autre et de ses souffrances, amour impossible), ce thème vous rappelle peut-être 5 centimètres par seconde, je me suis mise à Mirai Nikki juste après l’avoir vu.
D’autre part, un futur qui nous échappe, un futur qui devient passé avant qu’on n’ait eu le temps de se rendre compte de toutes les possibilités qui s’offraient à nous : tout aurait-il pu être différent ? Cela se traduit par la fragmentation en plusieurs mondes, cette idée d’ « arbre des possibles » (les différentes voies que notre vie aurait pu emprunter).

Les personnages se sentent impuissants face aux aléas qui les façonnent, face à la tournure que leur vie aurait pu prendre, au point de se demander où est leur place, la réponse de Yuno et d’Uryuu Minene étant « auprès de l’être cher ». C’est cette personne qui leur donne un futur et pourtant il existe toujours cette distance infranchissable : vous ne pouvez pas savoir ce que l’autre pense et s’il ne va pas vous trahir. Peut-être cette personne va-t-elle disparaître, mourir, même si vous essayez à tout prix de la protéger, vous condamnant si cela arrive à la solitude et à un monde désormais dépourvu de sens, de futur.

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Screenshot de l’animé

Psychanalyse de Mirai Nikki

Je remercie le scénariste d’avoir fait un reset et un happy end. Merci pour ma sensibilité personnelle, je crois que sinon j’aurais pas tenu le coup. Cela nous permet de réaliser comment la vie, à un point de rupture, aurait pu prendre une tournure différente, ce qui rappelle un peu la fin de Clannad. Je trouve, contrairement à certains, que cette fin rend l’animé encore plus magnifique, encore plus émouvant. Sakae Esuno, merci d’avoir donné une seconde chance aux personnages. Pensez à Uryuu Minene qui voudrait apaiser l’enfant qui pleure en elle. Pensez à ce qu’a dû ressentir Yuno, se retrouvant confrontée à celle qu’elle était lorsqu’elle avait encore foi en la vie, lorsqu’elle avait encore cette sanité, cette candeur si précieuse qu’elle doit détruire si elle veut vivre. Yuno doit tuer de ses propres mains une version d’elle-même qui a encore tout ce qu’elle a perdu (famille, sanité, espoir) – ce qui, je pense, est une des raisons pour lesquelles elle choisit de se suicider. Est-ce qu’on ne voudrait pas, nous aussi, offrir une vie différente à l’enfant que l’on était avant que notre innocence ne soit brisée, avant que la vie ne nous oblige à sortir de l’insouciance de l’enfance ?

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Screenshot de l’animé

Finalement, Mirai Nikki agit comme une sorte de catharsis, au sens psychanalytique – une abréaction si vous avez lu Freud (et que vous êtes un puriste). (C’est un traitement permettant à un patient de revivre une expérience ancienne et de libérer son émotion refoulée). Toutes les souffrances sont représentées au travers des différents personnages : perte de l’être cher, divorce, maltraitance, torture, viol, mort, guerre, pauvreté, solitude. Puis ces traumatismes sont réparés alors même qu’il nous est impossible d’effacer les nôtres. Le processus correspond en gros à (étape 1) traumatisme et souffrance des personnages, (étape 2) retour fictif à la période pré-traumatique et emprunt d’un autre chemin donc effacement de ses souffrances par procuration, (étape 3) vous êtes en pleine forme, votre vie est géniale et vous allez manger des ramen.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire (à part voir Mirai Nikki si ce n’est pas encore fait) : aller voir les étoiles avec les gens que vous aimez.


English version

 

 

//SPOILER ALERT//
(you have one sentence left before being definitively spoiled, I advise you to watch this anime you won’t regret it, read the end of the first paragraph if you’re not convinced, or keep reading to see the anime through a critical eye instead of discovering it when you watch it)

What is Mirai Nikki ? A lot of people killing each other to become gods, a pink-haired nut job of a girl with an unbearable voice stalking a scaredy-cat with who she finally manages to sleep with, tries to kill him, but changes her mind and kills herself.
Well… no. Mirai Nikki is a relentless countdown, cadenced with very good openings that don’t spoil you anything (quite unusual) even if everything is hidden and suggested by metaphor ; a plot without this bad guy who is so bad and you don’t really know why, a plot in which all characters have their motives and we agree, and we would like to support each of them however only one will be chosen. Mirai Nikki is a survival game putting you under pressure until the end, leaving you confused, out of breath, because all the genius of this anime is to sprinkle clues while maintaining a high suspense and tension.

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From Hinata online

Problem n°1 : this moron psychopath

I must admit that at first it had been a little difficult for me to become attached to the main characters, between a good-for-nothing coward and a lovesick fanatic apparently unable of empathy. However, they reveal themselves in all their complexity, especially Yuno. Because Yuno is more than the yandere queen, her character goes far beyond the cliches of the obsessed stalker. Indeed, Yuno Gasai is not a psychopath (first because she is a psychotic, nothing to do with Ayano Aishi), she is a very complex character, torn by her desperate will to be happy, not to lose the only one who gives meaning to her life, and by the certitude, feeding her madness, that this “happy end” is just an illusion that will unavoidably be blown to smithereens, like in the first game.

Yuno is intriguing because, while being suspicious because of her fits of madness, she turns out to be endearing. She is constantly questioned (and especially by you) : shouldn’t we just commit her ? isn’t she a sadistic serial killer ? doesn’t she just pretend to love Yukiteru in order to betray him, eager to become a goddess ?

Remember that she has been adopted, mistreated, that she has her parents’ death on her conscience, that she found herself in an infernal machine in which she must kill to survive and, after the irreversible death of the man of her life, she had to kill a crying defenceless child, herself. See ? You can’t judge her.

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From the anime

Oh and the first who says that Yukiteru has a Stockholm syndrome… well I can’t do him anything but he hasn’t understood anything because Yukiteru does not love a persecutor, that is why he rejects her when she has fits of madness (and let’s be honest, he doesn’t deserve her, except maybe at the end when he finally decides to understand who she really is). She herself says : « I’m crazy ?! What’s crazy is this world that refuses to let me be with you ! ». This is the aspect which makes her endearing, for Yukiteru and for the spectator. Indeed, at every moment, her madness is nothing but an attempt to live with her inner sufferings, she is a traumatized child and madness is the only thing she has to cop with a reality where she is doomed to live with incessant deaths and irremediable loneliness whereas her only dream is to be happy. The contrast between Yuno and Yukiteru is not that Yuno is merciless but precisely that Yukiteru sees horror and death for the first time whereas she is used to it, just like him in the end.

Problem n°2 : all those people dying

Just like Yukiteru, I was quite overwhelmed seeing all characters dying one by one, killing each other, and a breaking point arrives when the hope of resuscitate everyone is shattered. That is precisely why Yukiteru kills his friends who try to make him face reality : everything has gone too far to come back, there have been so many deaths that death no longer has meaning, and nothing has meaning anymore, horror has gone too far to even seem real. Maybe Yukiteru just feels as lost as me reading the last tome of Hunger Games.

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From My Animelist

However, Mirai Nikki is not a survival like Hunger Games, with this murders of so many unknown people that we won’t even remember. All Mirai Nikki’s subtlety is to give deepness to the diary holders. Even though they are doomed to die, you understand their point of view, their sufferings, and then appears how killing them is difficult and cruel. We may well be billions on earth, we may well kill left and right secondary or background characters that we won’t remember, in Mirai Nikki, each character is a complex whole of feelings, memories, fears, ambitions : what is in front of you is not lines on a piece of paper, a face, a voice tone… it is a human being. Besides, the diary holders’ death, terrible but unavoidable, is made acceptable because they somehow seem to accept their death and find a rest before leaving this world.

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Screenshot

Existential questions

Two causes of anxiety are expressed in Mirai Nikki. On the one hand, the distance between beings (inability to understand the other and his sufferings, impossible love). This theme may remind you of 5 centimetres by second, I watched Mirai Nikki just after having finished it.
On the other, a future that escapes us, a future that becomes past before we even had time to realize all the possibilities that we could have chosen : could everything have been different ? This is expressed through the fragmentation in several worlds, and this idea of “tree of possibles” (the different paths that our live could have taken).

The characters seem helpless in front of live’s vagaries which shape them, in front of the turn that everything could have taken, to the point of asking themselves where is their place, the answer of Yuno and Uryuu Minene being “near the person you love”. It is this person who gives them a future, and yet an impassable distance still exists because you can not know what the other thinks and if he is not going to betray you. Maybe this person is going to disappear, to die, even if you try to protect him at any cost, dooming you, if it happens, to loneliness and to live in world henceforth without meaning, without future.

Psychoanalysis of Mirai Nikki

I must thank the scriptwriter for having made a reset and happy end. Thank you for my sensitivity, I think otherwise I wouldn’t have held up. This allows us to realize how life, at a breaking point, could have taken a different turn, somehow reminding the end of Clannad. I think, unlike some people, that the end makes the anime even more wonderful, even more stirring. Sakae Esuno, thank you for having given a second chance to the characters.

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Screenshot

Think about Uryuu Minene who would like to appease the child crying inside her. Think about how Yuno felt, finding herself face to face with the girl she was when she still had faith in life and still had this sanity, this precious innocence that she must destroy if she wants to live. She must kill, once again, a version of herself who still has all of what Yuno lost (family, sanity, hope) and would go anything to have back – this is to me one of the reasons why she chooses to commit suicide. Wouldn’t we also want to give a different life to the child we were before our innocence was shattered, before life forced us to leave childhood carefreeness ?

Finally, Mirai Nikki acts as a catharsis, in the psychoanalytical sense – an abreaction if you read Freud (and are a purist). (It’s a treatment allowing a patient to go through an old experience again in order to free repressed emotions). The characters’ traumas are fixed even though it is impossible to erase ours. In broad strokes, the process corresponds to (stage 1) characters’ trauma and sufferings, (stage 2) fictional return to the pre-traumatic period and taking of an other path, so erasure of your sufferings by proxy, (stage 3) you are full of energy, your life is wonderful and you go eating ramen.

Now you know what you have to do (except watch Mirai Nikki if you haven’t already done it) : go see the stars with people you love.

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