Revue expo À l’aube du japonisme – At the dawn of japonism, exhibition review

By Chloé D English here

Image de couverture/cover pic BNF website

Cette semaine petit intermède dans les musées tokyoïtes pour vous parler d’une expo parisienne! Promis on retourne la semaine prochaine à Tokyo^^

« Il regardait, en feuilletant, ces pages pareilles à des palettes d’ivoire chargées des couleurs de l’Orient, tachées et diaprées, étincelantes de pourpre, d’outremer, de vert d’émeraude. Et un jour de pays féerique, un jour sans ombre et qui n’était que lumière, se levait pour lui de ces albums de dessins japonais. » Manette Salomon, les frères Goncourt, 1867

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C’est à la maison de la culture du Japon, en face de la tour Eiffel, que se tient l’exposition À l’aube du japonisme. Je vous fais visiter ! Le japonisme correspond à l’engouement pour la civilisation et l’art japonais qui a influencé l’art français puis européen dans la seconde partie du XIXe siècle, le terme étant apparu en France en 1872. Cette influence, qui est souvent fascination, se fait sentir sur les impressionnistes comme Manet ou Van Gogh qui reproduisent des estampes d’Hokusai et d’Hiroshige, les maîtres du mouvement ukiyo-e de la période d’Edo au Japon. La diffusion de l’art japonais dans le monde est permise par l’entrée dans l’ère Meiji en 1868 et la réouverture du Japon au monde après la période d’Edo qui a consisté en une fermeture du pays au niveau des frontières comme des relations diplomatiques. Cette période de repli traduit un rejet de l’occident et marque une rupture avec le siècle chrétien qui la précède, par l’expulsion des missionnaires européens et l’interdiction du catholicisme.

L’exposition À l’aube du japonisme a pour objectif de montrer que les contacts entre le Japon et le monde extérieur, et en particulier la France, n’étaient pas inexistants durant la période d’Edo, donc de vous présenter les premiers rayons de l’intérêt pour la civilisation japonaise. Vous n’êtes pas sans savoir que l’aube est ce moment précédant l’aurore où le soleil pointe à l’horizon et commence à dissiper la nuit, belle métaphore pour le pays du soleil levant.

capsule collections nestuke

Netsuke, Capsule collections

« L’exposition se propose de montrer des objets – souvent inédits – conservés en France, qui illustrent la connaissance que les Japonais avaient des Français », Geneviève Lacambre, commissaire de l’exposition.

La fenêtre du Japon ouverte sur le monde extérieur a longtemps été le port de Nagasaki, auquel avaient accès les Chinois et les Hollandais. Ils ont donc été des intermédiaires majeurs dans la transmission de l’art japonais au reste du monde, surtout l’Europe. La première partie de l’exposition illustre, par ces objets importés du Japon, l’aperçu que les Français ont eu de l’art japonais au XIXe siècle. De nombreux objets japonais dans le style pratiqué à Nagasaki étaient disponibles sur le marché chinois. C’est ce style que reprend le mobilier du Second Empire, avec des meubles souvent en bois peints en noir avec des bouquets multicolores de nacre colorée. En regardant ces objets d’une beauté exceptionnelle, il est assez impressionnant de s’imaginer les contemporains les utiliser dans leur vie quotidienne.

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Nécessaire à Pique-nique, mcjp.fr

Outre son mobilier, l’art japonais de la période d’Edo se caractérise aussi par ses estampes. Elles sont parvenues en France par l’intermédiaire des Hollandais, en particulier J.W. de Sturler qui a fait don à la Bibliothèque nationale française (à l’époque Bibliothèque impériale) des collections qu’il avait ramenées de ses voyages au Japon. Parmi ces estampes, on retrouve de nombreuses œuvres du grand Hokusai (vous savez, le peintre qui a fait La Vague), ce sont ses premières œuvres à atteindre Paris. Ce dernier a exercé son art à Nagasaki pendant une partie de sa vie, et la particularité de ses œuvres réside justement dans sa maîtrise des procédés propres à la peinture occidentale, surtout la perspective avec points de fuite et contrastes entre l’avant et l’arrière-plan, ainsi que sa manière d’encadrer les images en noir, rappelant le cadre d’une toile. Tout en se renseignant sur les techniques à l’œuvre dans le monde, la peinture d’Hokusai s’inscrit bien dans l’art japonais de l’estampe (le mouvement ukiyo-e) avec des traits d’encre nets et des aplats de couleurs délicats. Je suis toujours impressionnée par la finesse du détail sur les motifs des tissus. Des guerriers, des pèlerins, des artisans en pleine peinture d’une lanterne gigantesque, des marchands qui se lancent des pastèques (en fait ils les déchargent d’un bâteau) ou encore des pêcheuses d’ormeaux comme des sirènes dont les membres sont tordus par la nage.

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Peinture d’une lanterne, non signé, attribué à Hokusai, expositions.bnf.fr

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Déchargement de pastèques, non signé, attribué à Katsushika Taito, expositions.bnf.fr

Sous la menace américaine, le Japon ouvre des ports au commerce et signe en 1858 des traités d’amitiés avec des pays occidentaux dont la France, instaurant des relations de paix et de commerce. C’est ainsi au tour des Français de ramener leurs collections personnelles en France, comme le Baron Chassiron. Ses domestiques disent de lui qu’il se « ruine » à chaque marché japonais – un peu comme moi (sauf que je n’ai pas de domestiques pour le raconter). Parmi les éléments exposés, on trouve un nécessaire à fumer, la drogue ayant été introduite au Japon par les Européens ; le descriptif de l’exposition ajoute avec ironie « une poignée métallique permet de transporter l’ensemble jusqu’à quelque aire de pique-nique, comme le laisse supposer le décor raffiné de fleurs et de papillons ».

Vous pouvez également admirer une représentation du comptoir hollandais à Nagasaki, très peu de temps avant qu’il ne soit ravagé par un incendie en 1798. Les chatoiements de la nacre sont vraiment magnifiques, d’autant plus que cette dernière est taillée différemment selon qu’elle représente le flot des vagues, les feuilles des arbres, les pierres de la berge ou le toit de la factorerie.

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détails d’une représentation du comptoir hollandais de Nagasaki en bois laqué et nacre, anonyme, webmuseo

Les relations entre la France et la Japon s’intensifient sous le Second Empire, période pendant laquelle la culture et de l’art japonais se font une place dans l’imaginaire français. Car l’intérêt pour le Japon ne résulte pas seulement des objets japonais, armes, mobiliers et œuvres d’art qui sont l’arrivée à Paris, avec la première ambassade japonaise en 1862, de représentants japonais ayant un mode de vie complètement différent des occidentaux. Ces Japonais sont beaucoup photographiés, notamment pour la singularité de leurs costumes traditionnels ; ces images sont ensuite reproduites dans la presse, le Muséum national d’histoire naturelle lance même une campagne de photographie dont vous avez un aperçu. C’est l’une de ces photos qui est représentée sur l’affiche de l’exposition, vous remarquerez d’ailleurs que le Japonais photographié porte un nœud papillon à l’occidentale, et un livre européen relié ; en fait c’est un traducteur qui a par exemple traduit (en japonais) des poètes français comme Verlaine.

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Modèle d’une maison d’habitation, mcjp.fr

Le Japon fait véritablement son retour sur la scène internationale lors de sa participation, pour la première fois, à l’exposition universelle de Paris en 1867. Parmi les objets exposés, vous trouverez un magnifique modèle d’une maison d’habitation en bois et terre cuite, œuvre du meilleur artisan d’Edo en la matière. Lors de l’exposition universelle, ce modèle était décoré d’objets miniatures comme des laques, des tableaux et des porcelaines. Le Japon remporte un large succès et de nombreux prix ; cette mise en valeur de l’art et du savoir-faire japonais marque le début de l’engouement pour les œuvres japonaises, c’est l’aurore du japonisme.

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English version

 

 

“He regarded, leafing through the book, these pages as ivory palettes filled with colours of the East, mottled and iridescent, blazing with crismon, navy blue and emerald green. And a day of fairy-tale country, a day without shadow, a day which was only light, dawned for him from these albums of Japanese drawings.” Manette Salomon, Goncourt brothers, 1867

Affiche-Aube-du-japonisme-DEF

It is at the Japanese cultural centre, in front of the Eiffel tower, that is held the exhibition At the dawn of japonism. It aims to show that the contacts between Japan and the external world during Edo period were not nonexistant. Japonism corresponds to the craze for Japanese art and civilization which influenced French then European art during the second part of the nineteenth century ; the term appeared in France in 1872. This influence, often a fascination, is noticeable in impressionism : Manet and Van Vogh reproduced the engravings of Hokusai and Hiroshige, the masters of the ukiyo-e movement during Edo Period in Japan. The diffusion of Japanese art in the world is permitted by the enter in the Meiji era in 1868 and Japan reopening to world after the Edo Period which consisted in an economic a nd political withdrawal. This period of closure translates a rejection of the West and marks a turning point with the christian century, arriving before, by the deportation of the European missionaries and the ban of catholicism.

The exhibition’s French title is “À l’aube du japonisme” because the word “aube” refers to the moment just before sunrise, when sunbeams come out whereas it is still night (by opposition to the world “aurore”, which corresponds to the beginning of daylight when the sun seems to have set fire to the horizon). In deed, the exhibition take an interest in the first sunbeams, just before japonism, from the earliest contacts to the spark.

capsule collections nestuke

Netsuke, Capsule Collections

“The exhibition intend to show objects – often hitherto unseen – retained in France, which illustrate the knowledge that Japanese had of French”, Geneiève Lacambre, curator of the exhibition.

The Japanese window opened to the external world has been Nagasaki for a long time, because Chinese and Dutch had access to it. They thus have been major intermediaries in Japanese art transmission to rest of the world, and especially Europe. The first part of the exhibition illustrates, with these objects exported from Japan, the glimpse that French have had of Japanese art in the nineteenth century. On the Chinese market, a lot of Japanese objects in the style practised at Nagasaki were available. If this style differ from the Chinese one, some Europeans bought collections of Chinese furnitures, without knowing that some of them were actually Japanese. That is this style the Second Empire furnitures reproduce, with black painted wood and coloured nacre. Looking at these exceptionally beautiful objects, it is impressive to imagine the contemporaries using them in their everyday life.

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picnic kit, mcjp.fr

As well as its furnitures, the Japanese art of Edo period is also characterised by its engravings. They reached France through the intermediary of the Dutch, especially J.W. Sturler who donated his collections brought from his travels in Japan to the Bibliothèque nationale de France (the national library of France), called Imperial National Library at the time. Among these engravings, a lot are works of the famous Hokusai (you know the painter of The Great Wave), these are the first Hokusai’s works to reach Paris. The latter has practised his art at Nagaski, and one of the distinctive feature of his art lies in his mastery of western methods, especially perspective with vanishing points and contrasts between the fore and background, as well as his way to draw a box around the pictures in black, reminding the frame of a painting. While looking into foreign techniques, Hokusai’s engravings are in line with Japanese art of engravings (the ukiyo-e movement) with clear ink traits and delicate flat tints. I am always very impressed by the refinement and precision of the motif details on kimonos’ cloth. Warriors, pilgrims, artisans painting a huge lantern, merchants throwing watermelons (they actually unload them from a boat), or abalone’s fisherwomen looking like mermaids.

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Painting of a lantern, unsigned, attributed to Hokusai, expositions.bnf.fr

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Unloading of watermelons, unisgned, attributed to Katsushika Taito, expositions.bnf.fr

Under the American threat, Japan opens ports to trade and signs trade and peace agreements with western countries including France in 1858. It is up French to bring their personal collections to France, such as baron Chassiron. His servants tell that he “ruins” himself at every Japanese market – a bit like me (except that I don’t have servants to tell it). Among the exhibited elements, you can find a smoking set, drug has been introduced I Japan by Europeans ; the exhibition’s description adds ironically “a metal handle allows to carry the whole thing to some picnic area, as suggests the refined decorations of flowers and butterflies”.

You can also admire a representation of the dutch trading post in Nagasaki, little time before it was destroyed by a fire in 1798. The gleaming nacre is really sumptuous, all the more so as it is cut differently depending on whether it represents sea swells, tree leaves, the embankment’s stones or the trading office’s roof.

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details of representation of the dutch trading post in Nagasaki, anonymous, webmuseo

The relations between France and Japan heightens during the Second Empire, period during which Japanese art and culture becomes central to French imaginary, and not only among artists. The interest for Japan does not only comes from Japanese furnitures, weapons and works of art that appeared on the French market ; the fascination for this culture has also been aroused by the Japan embassy and the arrival of Japanese representatives having a lifestyle completely different from Westerners. These Japanese have been photographed a lot, notably for the singularity of their traditional costume ; these pictures were then reproduced in newspapers, the National Museum of Natural History even launched a photography campaign of which you can have a glimpse. It is one of these pictures which is represented on the exhibition poster, you will notice that the photographed Japanese wears a bow tie in the Western style and an European binded book. It is actually a translator who translated (in Japanese) French poets such as Verlaine.

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Model of a dwelling place, mcjp.fr

Japan truly returns on the international scene at the moment of its participation to the international exposition of 1867, held in Paris. Among the exhibited objects, you can admire an amazing model of a dwelling place in wood and terra cotta, made by the best craftsman of Edo, specialist in the subject. During the universal exposition, this model was decorated by miniature bojects such as lacquered furnitures, paintings and porcelain. Japanese participation is a resounding success and wins lots of prizes ; this showcase of Japanese art and savoir-faire marks the beginning of the enthusiasm for Japan, Japanese style and artworks. It is the beginning, the “aurore” of Japonism.

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