Les trains au Japon ! Japanese trains!

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Par Pierre C – English here

Image de couverture/ cover pic from The Japan Times

Ou Pourquoi la privatisation est une excellente idée pour assurer le bien-être des touristes

L’idée que se font les Occidentaux du Japon varie énormément d’une personne à l’autre : l’une voit le pays du Soleil-Levant comme le pays des robots, l’autre comme celui des mangas… Si ces visions peuvent se croiser, il en est une qui est devenue centrale à mes yeux après ma propre expérience de voyageur : le Japon est le pays des trains.

Kyoto Station. Source Broke Tourist

La gare de Kyoto, de Broke travellers

Quand on parle de transport ferroviaire au Japon, certaines images apparaissent immédiatement : un Shinkansen, plus rapide encore que notre TGV national, passant au pied du Mont Fuji à pleine vitesse, une rame de métro bondée entrant en station pour accueillir encore plus de passagers… Ces trains sont un élément primordial de tout voyage au Japon, qui sont souvent sous-estimés dans leur héroïque participation. C’est pourquoi j’ai décidé de faire ici un véritable éloge de ces magnifiques engins qui convertiraient n’importe quel Français traumatisé par les méfaits de la SNCF.

Kanazawa Station. Source Gaijin Go Japan

La gare de Kanzawa, de Go Japan Gaijin

D’abord, il est bien nécessaire de faire un peu d’Histoire, pour comprendre pourquoi ces trains sont si exceptionnels. A l’ère Edo, le Japon ne disposait que de cinq grandes routes permettant un commerce développé, le Gokaido, reliant la capitale (Edo, future Tokyo) aux différents coins du pays. Lorsque l’archipel s’ouvre aux Occidentaux et que ses habitants réalisent leur retard technologique au milieu du XIXème siècle, constituer des infrastructures de transport modernes devient l’une des priorités pour renforcer le pays. Après de premières lignes financées par l’Etat (comme la ligne Tokyo-Yokohama inaugurée par l’Empereur en 1872), l’expansion du réseau ferroviaire est confiée à des entreprises privées. Au XXème siècle, l’impérialisme nippon passe aussi par la supériorité technologique, qui est avant tout représentée par les voies de chemin de fer que l’Empire fait construire dans les territoires qu’il conquiert. Enfin, après la Seconde Guerre mondiale, reconstruire le réseau ferroviaire devient l’équivalent de reconstruire le pays. Et le progrès technologique reste primordial, avec la première ligne à grande vitesse qui est inaugurée en 1964 (17 ans avant le fringant TGV). Le train est donc l’un des grands symboles de la modernité aux yeux des japonais, et est bien plus admiré qu’en France ou aux Etats-Unis où il a été peu à peu supplanté par la voiture.

Le train japonais est donc soigneusement préparé pour le passager qui veut expérimenter la modernité par les grandes compagnies privées, dont la majorité se sont organisées au sein de Japan Railways. Et oui, contrairement à la France, le Japon a entièrement privatisé son réseau ferroviaire au XXème siècle, le partageant entre une multitude d’entreprises qui se mènent une concurrence impitoyable mais, heureusement pour ses clients, tout à fait saine. Tout est fait pour attirer le client vers le train. Les gares sont donc de véritables palais du consommateur associant centre commercial, restaurants et cinémas, avec parfois des dimensions exceptionnelles, comme celles de Kyoto ou d’Osaka. Imaginez donc le touriste que j’étais, découvrant l’architecture de la gare de Kanagawa alors que je suis habitué au béton froid de Montparnasse…

Osaka Station. Source Pierre Couturier

La gare d’Osaka Namba, photo de Pierre C

Mais le passage par le paradis, commencé dès qu’on entre dans la gare, n’est pas fini ; restent à découvrir le quai et le train. D’abord, le terme découvrir pourrait être mérité : avec un réseau ferroviaire d’une densité exceptionnelle, chaque gare a au moins trois lignes de train régional, deux de métro, une de shinkansen… Mais à condition de s’y habituer un peu, la signalisation devient tout à fait instinctive avec les grands logos correspondant à chaque ligne. Là encore, on est bien loin du brutal panneau d’affichage qui trône au plafond de chaque gare parisienne. Et ensuite, on arrive sur le quai et là, un choc : les trains à grande vitesse passent toutes les dix à quinze minutes, à la suite, sur le même quai ! Ils suivent le même rythme que les métros, les trains de banlieue, les tramways… Cette circulation intense des trains est une bonne métaphore pour le pays en tant que tel : à toutes les échelles, il y a toujours du mouvement à toutes les vitesses et dans toutes les directions. Mais l’on peut aussi s’installer paisiblement dans son siège, ouvrir le hublot, et contempler pendant deux heures la campagne dans un train qui nous donnerait presque l’impression d’être en avion tant le paysage défile… Et pourtant, le voyageur peut s’installer, paisible, et profiter de cette croisière qui, pour un français, constitue le summum du luxe ferroviaire.

Mais, quand vient l’heure de descendre du train et de se replonger dans les villes bourdonnantes, l’ange gardien JR nous protège encore en nous guidant à travers un métro à la propreté exceptionnelle. Si le métro de Tokyo est de loin le plus dense et le plus fréquenté que j’ai emprunté au cours de ma vie, j’ai surtout été marqué par la courtoisie « instinctive » dont font preuve les Japonais en l’empruntant. Le simple fait de se ranger sur les côtés de la porte et d’attendre que les autres passagers descendent du train, si difficile à obtenir à La Défense, parait mécaniquement prévu à Shinjuku et se déroule naturellement.

Thunderbird. Source tokyorailwaylabyrinth

Le thunderbird, de Tokyorailwaylabyrinth

Et enfin, le touriste peut découvrir le train « typique » qui, s’il est moins propre, moins moderne, moins rapide, a un caractère exceptionnel : pour traverser la campagne, il n’y a rien de tel qu’un vieux train bringuebalant qui a quand même plus sa place ici que sur les lignes qu’utilisent des milliers de personne pour relier la banlieue parisienne à leur lieu de travail ! (Là aussi, l’expérience joue un rôle assez important…)

Tokyo Subway. Source 2 Aussie Travellers

Un plan partiel ! de Aussie Travellers

En somme, que pourrions-nous tirer des trains japonais ? Faudrait-il polir les métros pour qu’ils ressemblent tous à la ligne 14 ? Multiplier les boutiques de luxe à l’intérieur de la Gare Saint-Lazare ? Repeindre les TGV en blanc et leur faire faire la course ? Je ne pense pas qu’il faille importer en France le « modèle japonais » du train : celui-ci est profondément inscrit dans la culture nippone, et appartient entièrement à l’archipel du Soleil-Levant. Vouloir l’amener de force dans notre pays briserait le miracle, et ruinerait le miracle en cas de retour dans ce qui sera toujours, à mes yeux, le pays des trains.

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English version

Japanese Trains, or why privatization is great for tourists’ welfare….

Westerners have many different ideas of Japan: someone will think of the land of robots and video games, someone else will think of the country of manga. While these points of view can come together, mine has been completely turner around by my personal experience of Japan. I have added a new aspect of Japan to my general idea: it is the land of trains.

Tokyo Subway. Source 2 Aussie Travellers

A general map of Tokyo subway, from Aussie travellers

When speaking about Japanese rail transport, some images quickly come to mind: a Shinkansen, the fastest train in the world, going past Mount Fuji at full speed, a subway filled to the brim being filled by even more commuters at the station… All these trains are a central aspect of every travel to Japan and their role is often cruelly underestimated. Therefore, I have decided to write a eulogy of these magnificent machines, which are godly to any Frenchman who has faced the horrors of the SNCF.

Kyoto Station. Source Broke Tourist

Kyoto station, from Broke travellers

First, we need to see a bit of History, to understand why Japanese trains are so incredible. During the Edo era, Japan only had five great trade roads, the Gokaido, going from the capital to the five corners of the country. When the archipelago opened to Westerners in the XIXth century and the Japanese realised how late they were, creating modern transport infrastructure became one of the priorities of the State. It was supposed to strengthen the country and make it a great power. After a few state-funded lines (like the Yokohama-Tokyo railway, inaugurated by Emperor Meiji in 1872), the rail system’s expanse was entrusted to private companies. Later on, Japanese imperialism became synonymous with technological superiority, and the Japanese built many railroads in the lands they annexed. Finally, after World War Two, rebuilding the rail network was intertwined with rebuilding the country as a whole. And technological progress was protected, as the first great-speed line was inaugurated in 1964 (17 years before France’s TGV). Therefore, train is still one of the great symbols of modernity in the eyes of the Japanese public. It is much more admired than in countries like France or the United States where it has been superseded by car.

Therefore, Japanese train is precisely prepared for a passenger to experience modernity, thanks to the great private companies, the majority of which collaborate within Japan Railways. Indeed, unlike France, Japan has completely privatised its train networks. It is now divided between many companies who are in a composed competition, thankfully for the passengers. Because of this competition, one must lure the client into taking the train. The companies have made sure of that by turning rail stations into consumption palaces. In gigantic stations like those of Kyoto or Osaka, one can find shopping malls, restaurants, cinemas… And they also are gorgeous works of modern architecture: imagine me, coming out of Montparnasse’s cold concrete to discover Kanagawa station’s elegant gateway…\

Kanazawa Station. Source Gaijin Go Japan

Kanazawa station, from Go japan gaijin

But the trip to tourist paradise is not over yet: the train and the platform are yet to be discovered. First, discovering could be a very fitting term as the train network is so dense that every station has subway lines, regional lines, great-speed lines… But once you get used to it, the signalling is quite instinctive and can always be improved by the incredibly polite staff. This is also quite different from the French style and its careless signs. After that, one is shocked yet again while arriving on the platform: great-speed trains every ten to fifteen minutes, coming one after the other on a single railway! They go according to the same rhythm as subways, and local lines, and monorails, and tramways… Trains are actually an interesting metaphor of Japan. It is ever moving, on every scale, at every speed and in every direction. But one can also peacefully seat, look through the window and observe the country in a train so fast you may sometimes feel like you are in a plane. Yet, in this incredibly fast transport, one can be peaceful, which is the summit of railroad luxury for a Frenchman such as I am.

Yet, when one gets off the train and plunges back into the city, JR’s guardian angel is still following us and guides us through an impossibly clean subway system. In Tokyo’s Metro, I was not only impressed by the sheer density of the lines and the ever moving crowd it carries. The most incredible thing was, in my eyes, the “instinctive” politeness of every commuter. The simple act of standing clear of the doors until everyone is out is so hard to achieve in La Défense, and yet one sees it all the time in Shinjuku, in its most “natural” expression.

Osaka Station. Source Pierre Couturier

Osaka Namba station, from Pierre C

And last but not least, tourists can also discovered the “country-style” train which is less clean and less modern but has, in my eyes, incredible character. To go through the country, I feel nothing is better than an old, rocky train. And this train blends in much better here than on the main line commuters use to get from work to home and vice-versa!

Thunderbird. Source tokyorailwaylabyrinth

The Thunderbird train, from Tokyorailwaylabyrinth

To conclude, what could French trains get out of their Japanese counterparts? Should we polish our subways and have them all look like the 14 line (which I encourage non-Parisians to visit, it is quite exceptional in the middle of our subway system)? Should we put fancy shops in Saint-Lazare station? Should we paint TGVs white and have them race? I don’t think importing the “Japanese model” is a good idea. It is profoundly interwoven into Japanese culture, and it entirely belongs to the Sunrise Land. Trying to bring it to our land would ruin the miracle that it is, not only in France, but also in the original itself, in the country that will always be, in my eye, the Land of Trains.

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