Certaines n’avaient jamais vu la mer – The Buddha in the Attic

Par/By Chloé – English here

Image de couverture : affiche ordonnant l’internement des citoyens américains d’origine japonaise, Wikipedia Commons

Il y a quelques jours, Ramen-toi a été invité au centre mandapa, assister à un spectacle de la série des Contes d’hiver : Certaines n’avaient jamais vu la mer. Nous remercions la comédienne Béatrice Vincent et le théâtre pour leur invitation, car nous avons beaucoup apprécié ce spectacle, mais tenons à vous rappeler, cher lecteur, que nous gardons notre objectivité comme lors de toutes nos critiques. Bonne lecture !

Des jeunes Japonaises embarquent pour les États-Unis, retrouver leur futur mari japonais installé en Amérique, dont elles ne connaissent qu’une photo et parfois quelques lettres. Nous sommes au début de l’entre-deux-guerres, peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale, et c’est pleines d’espoirs et d’appréhensions qu’elles montent sur ce bateau, vers ce pays inconnu, pour une vie détachée de tout ce qu’elles connaissent. Ces jeunes femmes, âgées de 13 à 39 ans, ont des parcours complètement différents, certaines sont de la haute bourgeoisie et ont la peau blanche des citadines, certaines sont filles de paysans et fuient une vie de travaux aux champs, certaines viennent de la montagne et n’avaient jamais vu la mer. Ce spectacle, lecture poignante du roman de Julie Otsuka, raconte leur histoire.

C’est d’abord un texte superbe, très touchant, qui se porte bien à la lecture, car ces Japonaises semblent toutes narrer d’une seule voie leurs expériences personnelles et collectives. Les deux comédiennes se font leurs porte-parole pour tisser la vie de ces femmes, et les fils de leurs destins croisés.

La représentation est très émouvante, entre anecdotes et drames, parfois drôle, parfois bouleversante. Le texte est magnifique, très imagé, très expressif, il est aussi magnifiquement lu. Les deux comédiennes, par leur voix, leur jeu, nous dessinent les atmosphères, les sentiments, et pour chaque spectateur se profilera une image d’un village japonais, le quai où débarque le bateau, les villes américaines, les laveries, les champs où les immigrés perdent leurs jours.

Certaines n’avaient jamais vu la mer, c’est le destin de tous les immigrés arrivant plein de rêves, pensant trouver fortune et bonheur, et qui sont confrontés au racisme, à la misère, aux regrets. C’est aussi l’histoire oubliée des Japonais aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale : ils étaient des inférieurs à traiter avec condescendance, ils sont désormais des ennemis, des espions, des terroristes. Devant abandonner les premières pierres de ce qu’ils avaient réussi à bâtir, sans plus avoir nulle part où fuir, les Japonais sont déportés dans des « camps de relocalisation ». Ceux qui lavaient leur linge, cultivaient leurs champs, faisaient leurs lits, gardaient leurs enfants… ils ont disparu dans la nuit, emportés par des trains silencieux, laissant des sièges vides dans les écoles, des boutiques entrouvertes, et du linge encore tendu au vent.

À la fin de la représentation, la vie de ces Japonaises est passée devant vous, vous emportant dans son tourbillon d’espoirs et de désillusions, pour vous laisser désorienté face au silence qui suit la tempête.

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affiche du spectacle, centre mandapa

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English version

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Article’s cover : Exclusion Order posted at First and Front Streets directing removal of Japanese people, Wikipedia Commons

A few days ago, Ramen-toi has been invited to the Mandapa centre, to attend a performance of the Winter tales series : Some of them had never seen the sea. We thank the actor Béatrice Vincent and the theatre for their invitation, because we really appreciated this performance, but we want to remind you, dear reader, that we keep our objectivity, as for all our other critics. Happy reading !

Young Japanese embark for the United States, to meet their future husband, Japanese settled in America, of who they know nothing more than a picture and sometimes some letters. It is the beginning of the interwar period, not long before the Second World War, and it is full of hopes and apprehensions that they get on this board, towards this unknown country, for a life detached from everything they know. These young women, from 13 to 39 years old, have had very different lifes, some of them are from the upper class and have the city-dwellers’ white skin, some of them are farmers’ daughters and escape a life of work in the fields, some of them come from the mountains and had never seen the sea. This performance, poignant reading of Julie Otsuka’s book, The Buddha in the Attic, tells their story.

This is first a superb text, very touching, well disposed to be read, because these Japanese seem to narrate with one voice their personal and collective experiences. The two actors become their spokesperson, to weave these women’s life, and the threads of their crossed destinies.

The performance is very moving, between anecdotes and tragedies, sometimes funny, sometimes overwhelming. The text is wonderful, full of imagery, very expressive, and it is also wonderfully read. The two actors, by their voice, their acting, draw us atmospheres, feelings, shaping for each spectator a Japanese village, the embankment where the boat landed, the American cities, the laundries, the fields where immigrants waste their days.

The Buddha in the Attic is the destiny of all immigrants coming full of dreams, expecting to find fortune and happiness, and who are confronted with racism, misery and regrets. It is also the forgotten story of Japanese in the United States during the Second World War : they were inferiors meant to be treated with disdain, they are henceforth enemies, spies, terrorists. Forced to abandon the first stones of what they had managed to build, without having anywhere to flee, Japanese are interned in “relocation centers”. Those who washed their laundry, cultivated their fields, made their beds, took care of their children… they disappeared in the night, carried away by silent trains, leaving empty seats in schools, ajar shops, and laundry still hanged upwind.

At the end of the performance, the life of these Japanese has passed before your eyes, taking you away in a turbulence of hopes and disillusions, let you disoriented faced with the silence following the storm.

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poster of the performance, mandapa centre

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