Une affaire de famille 万引き家族 – revue ciné

Par Cécile D, image de couverture de Medium

Une affaire de famille (Shoplitfters en anglais), Palme d’or du festival de Cannes cet été, est le dernier-né des films de Kore-eda Hirokazu, réalisateur de Notre petite sœur

Le film nous narre la vie à la fois désinvolte et complexe d’une famille assez étrange : le père (Osamu) et la mère (Nobuyo) forment un couple détonnant avec un jeune fils, Shota, la grand-mère (jouée par l’excellente Kirin Kiki aussi vue dans Les délices de Tokyo) n’est pas vraiment leur parente, la sœur de Nobuyo, Aki, est n’est qu’indirectement reliée à cette dernière et enfin Yuri est une enfant « récupérée » qui refuse de retourner dans sa famille d’origine où elle vit avec un père et une mère violents.

eiga.com

De Eiga.com

Alors qu’ils vivent dans l’une des plus grande et dynamique mégalopole au monde, les Shibamata sont pauvres. Voler est devenu une nécessité pour survivre car plus rien ne semble compter que de pouvoir manger et rester propre. Nobuyo est pourtant bien employée dans une blanchisserie mais son salaire combiné à celui de sa sœur Aki ainsi que la maigre retraite de la grand-mère ne suffisent pas pour vivre décemment et encore moins manger chaque jour à sa faim.

Le père, le fils et Yuri sont donc en charge de voler et chaparder tout ce qu’ils peuvent dans des magasins afin de soutenir la famille. Entre moments de stress lors d’un vol à l’étalage et bulles de bonheur d’une vie de famille étonnante mais heureuse on ne s’ennuie pas ! Aki, qui en veut à sa famille rangée et comme il faut de ne pas la comprendre, travaille dans un strip-club ( JK, initiales de joushi kosei business )où elle finit par s’attacher à un client muet et misanthrope. Malgré ses nombreux problèmes, la famille Shibamata est dynamique et déterminée à ne jamais baisser les bras. Chacun est débrouillard et optimiste et surtout dévoué à cette drôle de famille ! Loin de présenter les Shibamata comme des gens désespérés on les voit heureux et souriants bien qu’usés par une vie difficile et souvent cruelle.

Sujet pratiquement tabou au Japon, la pauvreté n’en n’est pas moins un phénomène touchant un individu sur six (ref The Borgen project) qui, combiné au vieillissement de la population et au ralentissement de l’activité économique, ne cesse de s’aggraver . Nobuyo en est l’incarnation : employée avec un contrat précaire, elle est remerciée de son travail du jour au lendemain alors qu’elle n’a que peu d’opportunités d’emplois et n’est pas protégée par des syndicats. La famille survit tant bien que mal mais on sent bien que chaque jour est un combat permanent contre la faim et l’indignité de ne pas pouvoir survivre dans un pays développé. Laissée seule à son compte, la famille survit sans trop se préoccuper d’avoir à chaparder tout en étant bien consciente que cette situation n’est pas tenable ni souhaitable pour les deux plus jeunes. Car si les adultes sont touchés par la pauvreté, les enfants ne le sont pas moins. En 2017 des cas d’enfants n’ayant jamais été scolarisés tel Shota ou même déclarés à la mairie à leur naissance ont fait les unes de journaux. 

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De The Daily Breaker

A la fois perplexes et attendris devant les parents qui poussent leurs enfants au vol, on ne peut s’empêcher d’admirer leur dévouement et leur amour pour les deux petits. Yuri en particulier est transformée par on séjour dans cette drôle de famille, lui permettant un temps d’échapper à des parents négligents voire violents envers elle physiquement en moralement.

Au fur et à mesure du film, on s’attache à cette famille bigarrée tout en se demandant combien de temps encore cette situation instable durera. La réalité finira par s’inviter dans la petite maison, séparant les protagonistes. Que reste-t-il dès lors de ce bonheur et des vols à l’étalage? Pour Yuri et Shota, le sentiment indéfectible d’avoir fait partis d’une famille extraordinaire et unique.

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